¡No pasarán!

par Francis Blaise

Qu'est-ce que l'engagement ? Une bataille, une fête, un risque, une promesse…
À quel âge, en quelle saison, à quelle époque s'engage-t-on ? Envers qui ou quoi, et pour quoi le fait-on ?
L'engagement dépend-il toujours de l'individu qui le fait ? Défend-il une cause ? Et puis, la sienne aussi, de cause ?
Est-ce au nombre de rides qu'il se compte, au nombre d'actions qu'il se vérifie, au nombre de mains qu'il tend ?

Hommes, femmes, enfants : que d'images et de visages pourraient illustrer ces trois mots !
Nous avons entendu maintes histoires, visionné tant de films, lu périodiques et revues, rêver même…
On s'engage aussi bien dans l'armée qu'à l'église. À la mairie, sur l'honneur, en politique, pour la vie. Et à la mort aussi. L'Histoire. Faire partie de l'Histoire. En le sachant ou bien pas. Mêler la sienne à la grande, et se confronter à elle. Se dépasser, se réaliser, s'impliquer, s'écrire.

«J'étais un jeune idéaliste et je voulais montrer que je pouvais aller au front. »

Alors des portraits. Hommes, femmes, pris dans leur lieu. On dirait plutôt l'après-midi. Ça a parlé avant. Au moins deux heures. Ça se voit.
Ils savent qu'ils sont photographiés. Et pourquoi ils le sont. Pas volés, pas usurpés : transmis. Certains d'ailleurs ne les verront jamais ces images, — leur proches peut-être — l'œil est conscient, le corps présent, même à demi. Quelques indications sur leur vie. Oui, leur longue vie… À haute teneur de résistance. Et nous pouvons lire en quelques mots ce qu'ils ont passé de temps à s'engager pour la cause !
Ce sont des vaincus gagnants du temps. Debout, ils sont debout et bien vivant. Si la cause est perdue, le résistant ne l'est pas. Le regrette-t-il, l'engagement ? Je ne crois pas.

« Ce qui m'intéressait c'était la justice, être juste, être humain. »

Qui ne croit pas ne s'engage guère. Ceux-là ont cru et se sont engagés. Ils ont fait la guerre. Résisté, combattu pour la liberté. Toujours elle…
C'est en Espagne que cela s'est passé. Lorsque nous en étions, français, au Parti Populaire. Une autre terrible guerre se préparait. Eux, ils ont tout d'abord lutté en Espagne. Lutter pour et dans l'Espagne. Pour une liberté pour tous, incarnée par chacun, et chacun croyait alors quE?il combattait pour cette liberté. Jusqu'à encore l'autre guerre, puisqu'ils étaient déjà engagés, alors… et puis la même cause, au final…
Et après ?

Après certains sont morts, d'autres ont enfanté, puis d'autres ont continué. Sans motif de guerre apparente. Mais avec mille raisons de poursuivre.
Comme si résister était devenu l'essentiel, l'urgence, la condition sine qua non d'un avenir possible. Et meilleur ?

Ces visages interrogent soudain mon engagement propre, mon idée du juste et les moyens que j'engage pour la servir.
Comment lutter aujourd'hui ? Doit-on faire la guerre au monde en guerre ? Eux derrière, ils en pensent quoi ?

«Et s'il était à refaire, je referai ce chemin. Je regrette le résultat mais pas l'engagement. »

Francis Blaise saisit ce qui ne peut entièrement s'écrire qu'en plusieurs volumes. Il nous livre un instant. Quelques notes et un instant. Les clés nous les avons, il ne reste plus qu'à regarder. Trouver la porte d'entrée et s'asseoir, comme le photographe a dû le faire. S'asseoir et écouter. Puis saisir un seul instant. Celui qui se sera donné de lui-même. Et qui, pour soi, renverra à un monde, à une vie.

Astrid Cathala

N.B : Les citations en italiques sont extraites des paroles de résistants.

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Maison d’édition : L'atinoir
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À propos de l’auteur

Né à Bayonne en 1973. Il a commencé à pratiquer la photographie au début des années 2000 en s’intéressant aux carnavals traditionnels du Pays Basque. Ce premier sujet photographique a abouti à une exposition itinérante à travers les villages navarrais où avaient été réalisées les prises de vue. Par la suite cette exposition a été présentée au Musée Basque de Bayonne en 2005.

En collaboration avec l’anthropologue Thierry Truffaut, il a alors travaillé sur les fêtes traditionnelles pour Pays Basque Magazine (éditions Milan).

Installé à Marseille depuis 2004 où il exerce en tant que photographe indépendant pour la presse magazine (editions Milan, Silence, l’Humanité, Coming up…) et la communication (friche belle de Mai, Médecins du Monde…) il a réalisé un travail sur la mémoire de la guerre d’Espagne sous la forme d’une trilogie "No Pasaran, portraits de combattant-e-s de l’Espagne républicaine", "Gernika, mémoire d’un bombardement", "La Retirada". Ces travaux ont donné lieux a des expositions au Musée Basque de Bayonne et de Bilbao en 2007 et au festival PhotSoc à Sarcelles en 2008.

Soucieux de donner un caractère engagé à sa photographie, il a rejoint le collectif Contre-Faits en 2007 afin de confronter ses idées et sa pratique avec d’autres photographes proches de sa sensibilité.

Cette dynamique collective l’a amené à travailler sur les mouvements sociaux, les AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) et la rébellion zapatiste au Chiapas (Mexique).